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APSARES - lettre aux établissements scolaires

Cette lettre, également disponible en pdf, a été écrite par l’APSARES à l’intention des chefs d’établissements scolaires. Elle présente l’avantage de menus végétariens en restauration scolaire et le rôle de tels menus dans l’amélioration de la santé publique.

PDF - 165.6 ko
APSARES
Lettre aux établissements scolaires

Madame, Monsieur le chef d’établissement,

En tant que professionnels de santé, nous sommes soucieux de promouvoir une alimentation saine et adaptée aux besoins physiologiques des enfants et des adolescents, afin de leur garantir une santé optimale.

En ce sens, nous sommes sérieusement préoccupés par la situation nutritionnelle française. En effet, une étude réalisée par l’AFSSA en 2006-2007 [1] a mis en évidence les déséquilibres alimentaires suivants pour les enfants de 3 à 17 ans :
− excès de graisses ;
− excès de protéines ;
− manque de glucides complexes.

De même, la circulaire du 25 juin 2001 relative à la composition des repas servis en restauration scolaire, constate une trop grande richesse en protéines et en matières grasses des repas proposés aux enfants [2].

Parallèlement, on observe une tendance croissante au surpoids et à l’obésité chez les enfants : en France, 1 enfant sur 6 est désormais en surpoids, quand seulement 1 sur 20 l’était en 1980. L’apparition du surpoids dès l’enfance n’est pas anodine, puisqu’elle augmente les risques de maladies cardio-vasculaires, cancers et diabète à l’âge adulte.
C’est pourquoi l’AFSSA a fait de l’amélioration des menus servis en collectivité, de leur équilibre, de leur qualité nutritionnelle et sanitaire, une priorité de santé publique, d’autant que pour bon nombre d’élèves, les repas pris à la cantine sont la source principale de nutriments nécessaires à leur développement [3].

Dans cette optique, nous sommes favorables à l’introduction d’un choix de menus végétariens dans la restauration scolaire. En effet, les alimentations végétariennes permettent d’éviter la plupart des excès et des déséquilibres trop fréquemment constatés dans l’alimentation « standard », et notamment de corriger les erreurs évoquées plus haut.
Il est d’ailleurs manifeste que les orientations officielles en matière de santé publique seraient facilitées par le libre accès pour chaque enfant à des repas végétariens équilibrés : cela permettrait de satisfaire aux objectifs du PNNS, le Programme National Nutrition Santé [4], en favorisant notamment l’augmentation de la consommation de fruits et légumes, la réduction des apports en graisses saturées et en cholestérol et l’augmentation de la part des glucides complexes dans l’apport énergétique journalier.
Nous tenons ici à préciser que la croyance selon laquelle le végétarisme serait incompatible avec les besoins spécifiques de l’enfant ou de l’adolescent est scientifiquement infondée et particulièrement aberrante au regard de la multitude d’études menées sur ce sujet au cours des dernières années. Il est d’ailleurs significatif que des organismes indépendants comme l’Association Américaine de Diététique et les Diététiciens du Canada, pour ne citer qu’eux, se soient positionnés clairement en faveur du végétarisme (voir références en annexe).
Nous pouvons donc attester en toute objectivité que les alimentations végétariennes équilibrées sont adaptées aux besoins physiologiques des enfants et des adolescents, et présentent en outre des bénéfices non négligeables pour la santé.
Pour votre information, une pétition en faveur de la présence de menus végétariens dans la restauration collective est actuellement en circulation, et comptabilise à ce jour plus de 30 000 signatures [5]. Parmi les signataires figurent, entre autres professionnels de santé, le Dr Lecerf, chef du service Nutrition à l’Institut Pasteur de Lille, ou encore le Pr Belpomme, professeur de cancérologie au Centre Hospitalier Universitaire Necker-enfants malades.

En conséquence, nous vous invitons vivement à prendre les initiatives nécessaires afin de faire évoluer la nature des repas servis dans votre établissement :
− en proposant quotidiennement des menus végétariens pour les enfants dont la famille en fait la demande ;
− en réduisant la part des aliments d’origine animale dans les autres menus, afin de faciliter leur rééquilibrage (plus de glucides complexes, moins de graisses et de protéines).

Ce faisant, vous permettrez aux enfants de s’initier dès leur plus jeune âge à des modes alimentaires plus respectueux de leur organisme. Cela est d’autant plus important que c’est au cours de l’enfance que les habitudes alimentaires se forgent, en même temps que l’enfant développe son sens du goût.
Enfin, sachez que des menus sans viande sont déjà proposés aux enfants, sur demande de la famille, par les services de restauration scolaire de nombreuses villes, comme par exemple à Lyon ou à Montpellier, mais également au sein de municipalités plus petites. Nous avons donc bon espoir que vous saurez vous inspirer de leur exemple afin d’oeuvrer, vous aussi, à l’amélioration de la santé publique en France.

De son côté, l’APSARES tient à votre disposition toutes les informations complémentaires dont vous pourriez avoir besoin dans cette démarche [6].

ANNEXE I

Position d’organismes officiels et de professionnels de santé sur les alimentations végétariennes

« En Angleterre, un végétarien coûte au service national de santé anglais 12340 livres (soit environ 19 818 euros) en traitement hospitalier, sa vie durant ; son temps d’hospitalisation représente 22 % seulement de celui d’un omnivore, lequel coûte en moyenne 58062 livres (92 994 euros). La mortalité par cancer est réduite de 40% chez les sujets végétariens. La mortalité par maladie cardio-vasculaire est réduite de 50 %. »
Professeur Henri Joyeux, in Changez d’alimentation, 5e édition, novembre 2003, éditions F-X de Guibert

Position commune de l’Association Américaine de Diététique et des Diététiciens Canadiens (soit 70 000 membres), basée sur 256 références médicales :
« Les alimentions végétalienne, lacto-végétarienne et ovo-lacto-végétarienne bien planifiées sont appropriées à tous les stades de la vie, y compris la grossesse et l’allaitement.
Planifiées de façon adéquate, elles satisfont les besoins nutritionnels des bébés, des enfants et des adolescents, et contribuent à une croissance normale.
L’alimentation végétarienne chez les jeunes enfants et les adolescents peut aider à mettre en place de bons comportements alimentaires pour toute la vie et peut offrir d’importants avantages nutritionnels.
Les enfants et les adolescents végétariens ont des apports moins élevés en cholestérol, graisses saturées et matière grasse et des apports plus importants en fruits, légumes et fibres que les non-végétariens.
Les enfants végétariens sont aussi, selon les études, plus sveltes et ont des taux de cholestérol sérique plus faibles. »
Source : « Position of the American Dietetic Association and Dietitians of Canada : vegetarian diets », Journal of the American Dietetic Association, 2003 ;103 (6):748-765.
Texte original
Traduction française avec références des études

Position du Bureau de l’OMS pour l’Europe
La résolution « European Health21 » a été adoptée par le Bureau de l’OMS pour l’Europe en 1998. Le point 11 s’intitule « Adopter des modes de vie plus sains » et est introduit comme suit :
« Ce guide explique qu’une alimentation saine est principalement basée sur des aliments d’origine végétale, plutôt que sur des aliments d’origine animale ».
Source : « European Health21 Target 11 - Healthier Living »

Position de Brita Moilanen, médecin au Centre National Médical de l’Enfance de Washington, publiée dans la revue de l’Académie Américaine de Pédiatrie :
« De nombreux experts ont conclu de façon indépendante qu’une alimentation végétalienne peut être suivie sans risques par les nourrissons et les enfants, qu’elle n’a pas d’incidence négative sur la nutrition ou la croissance, et qu’elle apporte des bénéfices notables en termes de santé. »
Source : Brita Moilanen, « Vegan diets in infants, children and adolescents », Pediatrics in Review, 2004 ;25:174-176.

Le Conseil Européen de l’Information sur l’Alimentation (EUFIC) possède une base de données de questions-réponses destinées au grand public. À la question « combien de fois par semaine doit-on manger de la viande ? » il répond :
« En général, les humains, comme les animaux omnivores, n’ont pas "besoin" de manger de la viande pour vivre. »
Source

L’Association Américaine de Cardiologie, dans sa position sur les régimes végétariens, reconnaît que les protéines d’origine animale ne sont pas nécessaires :
« Pour avoir suffisamment de protéines dans votre alimentation, vous n’êtes pas obligés de manger des produits d’origine animale. Les protéines végétales peuvent à elles seules vous fournir suffisamment d’acides aminés essentiels et non-essentiels, du moment que vos sources alimentaires sont variées et que votre apport calorique convient à vos besoins énergétiques. Les céréales complètes, les légumineuses, les légumes, les graines et les noix, noisettes, amandes, etc., contiennent tous des acides aminés, essentiels ou non. Vous n’avez pas besoin d’avoir à l’esprit de combiner ces aliments (« complémentation ») pour un repas donné.
Il est avéré que la protéine de soja est égale aux protéines d’origine animale. Vous pouvez choisir d’en faire votre seule source de protéine. »
Source : Association américaine de cardiologie – Position sur les régimes végétariens

Le Fond Mondial de Recherche contre le Cancer a publié un conséquent rapport sur le lien entre alimentation et cancer en 2007.
Les recommandations du Panel d’experts contiennent un paragraphe spécifiquement intitulé « Consommer principalement des aliments d’origine végétale » :
« Une approche intégrée des preuves scientifiques montre que les alimentations ayant un effet protecteur contre le cancer sont principalement composées d’aliments d’origine végétale.
[…] Les directives et recommandations présentées ici sont en grande partie similaires à celles émises par les organisations nationales et internationales qui font autorité en la matière (voir le dixième chapitre). Elles sont dérivées des preuves scientifiques concernant le cancer et sont corroborées par celles touchant d’autres pathologies.
Elles soulignent l’importance des céréales (graines), légumes non féculents, fruits et légumes secs relativement peu transformés, tous à densité calorique faible ou assez faible mais riches en fibres et micronutriments variés.
Il est recommandé de construire ses repas quotidiens autour de ces aliments et non de ceux d’origine animale. »
Source : World Cancer Research Fund / American Institute for Cancer Research, Food, Nutrition, Physical Activity, and the Prevention of Cancer, a Global Perspective, Washington D.C. AICR, 2007. (Résumé en français)